L’UPADS refuse la présidentielle pour la 3ᵉ fois : Stratégie ou effacement politique ?
- PolitiqueSociété
- 5 février 2026
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Depuis près de quinze (15) ans, précisément depuis 2009, la même question revient à l’orée de chaque élection présidentielle en République du Congo : l’UPADS participera-t-elle ou pas ? Et, à chaque fois, ou presque, la réponse est la même. Pour l’élection présidentielle de mars 2026, Pascal TSATSY MABIALA, président du Conseil national de l’UPADS et figure historique de l’opposition congolaise, confirme que le parti ne présentera pas de candidat. Une décision qui s’inscrit dans un schéma déjà observé en 2009 et 2021, et qui consacre une ligne politique devenue constante, à l’exception notable de 2016.
Les raisons invoquées : un classique de longue date
Comme lors des précédentes échéances, l’UPADS avance des arguments clairs, structurés et récurrents : un cadre électoral jugé non crédible ; l’absence de réformes institutionnelles essentielles ; la dépendance des institutions en charge des élections vis-à-vis du pouvoir exécutif ; le déséquilibre manifeste du rapport de forces face au président sortant.
Ces motifs ne sont pas nouveaux. Ils sont invoqués depuis plus d’une décennie, sauf lors de la parenthèse de 2016, lorsque Pascal TSATSY MABIALA avait fait le choix de se présenter.
Aujourd’hui encore, selon la direction du parti, les conditions minimales d’une compétition électorale équitable ne sont pas réunies.
2016 : une expérience isolée, aux leçons durables
L’élection présidentielle de 2016 demeure une exception dans l’histoire récente de l’UPADS. Le parti avait alors décidé de participer, tout en dénonçant vigoureusement les conditions d’organisation du scrutin.
Cette candidature unique n’a pas modifié les équilibres politiques ni renforcé la position du parti sur la scène nationale.
En interne, une conclusion s’est imposée : « participer sans garanties institutionnelles solides ne conduit ni à la victoire, ni à une reconnaissance réelle du jeu démocratique. »
Depuis lors, l’UPADS est revenue à ce qu’elle considère comme une posture de retrait stratégique assumé.
Une décision formalisée par le Conseil national
Cette position a été officiellement réaffirmée lors de la session inaugurale du Conseil national de l’UPADS, tenue les 23 et 24 janvier 2026 à Brazzaville. Dans son communiqué final, le Conseil national rappelle qu’une bonne élection exige des prérequis démocratiques fondamentaux, notamment : la liberté et la diversité d’opinions ; l’indépendance de la justice ; la neutralité de la force publique, au service de la Nation et non d’intérêts particuliers ; la participation d’observateurs indépendants, nationaux et internationaux.
S’appuyant sur les engagements pris par le Gouvernement lors des concertations avec les forces vives, le Conseil national constate un manque de volonté politique manifeste, illustré par : le refus d’implémenter la biométrie ; l’absence de plafonnement des dépenses de campagne ; l’inexistence d’un fichier électoral consensuel ; l’absence d’une commission électorale réellement indépendante.
Face à ces engagements non tenus, « le Conseil national a donc décidé de ne pas présenter de candidat à l’élection présidentielle de mars 2026, tout en se réservant le droit de se prononcer ultérieurement sur la consigne à donner aux militants. »
Cohérence politique ou immobilisme stratégique ?
Sur le fond, la position de l’UPADS peut apparaître cohérente. Mais en politique, la répétition indéfinie d’un même choix (ici, l’absence comme stratégie) finit par soulever une interrogation légitime : jusqu’à quand ?
Pendant ce temps : le pouvoir en place et la majorité présidentielle et/ou partis alliés, consolident sa domination électorale ; ce jeudi 5 février 2026, à Bambou Mingali dans le département du Djoué-Lefini, M. Dénis SASSOU-NGUESSO a déclaré officiellement sa candidature à l’élection présidentielle de mars 2026. Une grande partie de l’électorat, notamment les jeunes, n’a jamais vu l’UPADS se battre réellement pour conquérir le pouvoir suprême ; l’opposition institutionnelle perd progressivement son rôle d’alternative crédible.
Le paradoxe UPADS
Le paradoxe est saisissant : l’UPADS critique vigoureusement le système électoral, tout en continuant de participer à certaines institutions issues du même cadre qu’elle juge défaillant.
Cette posture, cohérente sur le plan doctrinal, devient ambiguë dans la perception de l’opinion publique : le parti reste visible dans l’espace politique, mais absent là où se joue la conquête effective du pouvoir.
2026 : se retirer pour mieux préparer 2027 ?
Fait notable, le programme d’activités du Secrétariat national de l’UPADS pour l’année 2026, élaboré parallèlement au budget du parti, ne se limite pas à la présidentielle. Il met l’accent sur huit priorités stratégiques, parmi lesquelles :
la préparation des élections législatives et locales de 2027 ; le renforcement de la visibilité, de la crédibilité et de l’ancrage local du parti ; la modernisation de la communication interne et externe ; l’amélioration des capacités de mobilisation et de gestion ; la consolidation du fonctionnement organisationnel et de la culture de performance.
Autrement dit, l’UPADS semble faire le pari d’un repositionnement à moyen terme, en sacrifiant la présidentielle pour mieux investir les échéances à venir.
À force de dire non à la présidentielle, l’UPADS prend le risque de dire oui à sa marginalisation progressive.
Le citoyen, lui, reste spectateur : privé d’une véritable alternative, il observe un jeu politique dont les règles lui échappent.
Pour Pascal TSATSY MABIALA et son parti, la question n’est désormais plus seulement de dénoncer le système électoral : « il s’agit de savoir s’ils peuvent encore être les acteurs capables de le transformer ».