FINANCE CLIMATIQUE : 3,65 MILLIARDS DE DOLLARS, L’AFRIQUE CENTRALE VEUT PASSER DES PROMESSES AUX PROJETS
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- 8 octobre 2026
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Les promesses financières sont là. Les projets financés, eux, restent encore trop rares. À Brazzaville, l’Afrique centrale s’attaque désormais au maillon faible de sa bataille climatique : transformer les engagements en dossiers solides, les dossiers en investissements et les investissements en résultats. Réunis du 7 au 9 octobre 2026 au premier Dialogue de haut niveau sur la finance climatique, l’investissement durable et l’opérationnalisation des Contributions déterminées au niveau national (CDN), États, institutions régionales, bailleurs, banques, investisseurs et experts cherchent à rapprocher ambitions climatiques et réalités financières. À quelques semaines de la COP31 d’Antalya, l’enjeu est clair : ne plus arriver avec de simples promesses, mais avec des projets crédibles, une feuille de route commune et des mécanismes capables de transformer les engagements en financements et en réalisations concrètes.
3,65 MILLIARDS DE DOLLARS : APRÈS L’ANNONCE, PLACE AUX PROJETS
En mai dernier, la table ronde des bailleurs consacrée au Fonds Bleu pour le Bassin du Congo avait annoncé 3,65 milliards de dollars d’engagements financiers, auxquels s’ajoutent 800 millions de dollars de garanties. Mais entre une promesse et un décaissement, le chemin reste long.
À Brazzaville, le message est donc clair : il faut mieux préparer les dossiers. Pour attirer les capitaux, les États doivent présenter des initiatives documentées, des études de faisabilité, des besoins précis et des mécanismes permettant aux investisseurs d’évaluer les risques et les perspectives.
ARLETTE SOUDAN-NONAULT : « TRANSFORMER LES CDN » EN PROJETS BANCABLES
Pour la ministre de l’Environnement, du Bassin du Congo et du Développement Durable et Secrétaire exécutive de la Commission Climat du Bassin du Congo (CCBC), les CDN ne peuvent plus rester de simples documents d’engagement. Elle défend une chaîne cohérente : CDN, plan climat, feuille de route, plan d’investissement et projets préparés pour le financement.
Son message tient dans une formule forte : « transformer les CDN en trajectoires de mise en œuvre, programmes d’investissement et projets bancables ».
Autre exigence : dépasser les simples notes conceptuelles. Les initiatives doivent être accompagnées d’études de faisabilité afin de permettre aux partenaires financiers d’en apprécier la viabilité. Cette dynamique doit également rapprocher la politique climatique des ministères des Finances, du Budget, de l’Énergie, de l’Agriculture ou encore du Commerce…

Le retard reste considérable. Entre 2017 et 2021, environ 40 millions de dollars, soit près de 4 % des financements concernés, auraient été orientés vers la foresterie, l’agroforesterie, la protection de l’environnement et l’agriculture résiliente dans le Bassin du Congo.
Un contraste saisissant avec le poids écologique de la région : ses forêts séquestrent environ 1,5 milliard de tonnes de CO₂, tandis que ses tourbières en stockent près de 30 milliards.

La présentation consacrée au Bassin du Congo a rappelé à ce propos : « Le Bassin du Congo est l’un des derniers piliers vivants de notre planète. Il absorbe ce que d’autres continents émettent, préserve des écosystèmes que d’autres continents ont déjà perdus, et joue un rôle déterminant pour notre avenir commun. »
FEM : 542,4 MILLIONS DE DOLLARS, MAIS UNE ABSORPTION INCOMPLÈTE
Autre enseignement du Dialogue : l’argent disponible n’est pas toujours l’argent effectivement utilisé.
Entre les cycles GEF-4 et GEF-8, les allocations présentées pour les pays concernés atteignent 542,4 millions de dollars. Pourtant, environ 20 % des enveloppes restent en moyenne inutilisées, tandis qu’une autre partie peut être absorbée par les coûts des agences accréditées et d’exécution.
Dans l’adaptation, cinq pays : Angola, République centrafricaine, Congo, Guinée équatoriale et Gabon, n’avaient pas encore soumis leur demande d’appui pour leurs Plans nationaux d’adaptation. Le verrou est donc aussi technique et institutionnel.
CEEAC : COORDONNER POUR MIEUX RÉAGIR
Maxime Nzita Di Mavambu, Commissaire de la CEEAC chargé de l’Environnement, des Ressources naturelles, de l’Agriculture et du Développement rural, dont le discours a été lu par Rémy Mukongo Shabantu, a pointé plusieurs difficultés : préparation insuffisante des dossiers, données fragmentées, accès complexe aux guichets internationaux et articulation limitée entre CDN, budgets publics et plans d’investissement.
Dr Semingar Ngaryamngaye, Chef de service Gestion des risques de catastrophes et Adaptation aux changements climatiques à la CEEAC, a présenté six axes régionaux : adaptation et risques de catastrophe, climat-paix-stabilité, économie verte, criminalité environnementale, transhumance durable, climat et sécurité.
QUEL ARGENT POUR QUEL PROJET ?
L’expert en finance climat Alioune Badara KAERE a insisté sur la diversité des mécanismes financiers : le choix doit dépendre du projet, de sa maturité et de ses besoins.
De son côté, Dr Gervais Itsoua a mis en avant les faiblesses de l’architecture financière régionale et la nécessité d’améliorer la coordination pour faciliter l’accès aux financements internationaux.
Honoré Tabouna, Conseiller technique à la CCBC, appelle pour sa part à structurer l’environnement politique, institutionnel, juridique, financier, technique et commercial de la région. Sa formule résume cette approche : « l’argent appelle l’argent ».

DE BRAZZAVILLE À ANTALYA : ARRIVER AVEC DU CONCRET
Le Dialogue doit déboucher sur une feuille de route CDN 3.0, une position commune pour la COP31 et un pipeline régional d’investissements. L’ambition est de “ ne pas arriver à Antalya avec une simple déclaration politique, mais avec des priorités partagées, des dossiers préparés et une stratégie claire de mobilisation des partenaires. ”
Entre 2027 et 2030, la crédibilité de cette démarche se mesurera aux projets effectivement lancés, aux capitaux mobilisés et aux résultats obtenus.
À Brazzaville, l’Afrique centrale ne cherche donc plus seulement à démontrer que le climat mérite d’être financé. Elle veut montrer qu’elle peut transformer ses priorités climatiques en investissements et ses investissements en résultats.
Son message tient dans une formule forte : « transformer les CDN en trajectoires de mise en œuvre, programmes d’investissement et projets bancables ».