À Brazzaville, la phase II du programme BIODEV2030 marque une nouvelle offensive du Congo en faveur du financement durable de la biodiversité. Réunis autour d’une table ronde stratégique consacrée aux Paiements pour Services Environnementaux (PSE) et aux Certificats Biodiversité (CB), bailleurs de fonds, partenaires techniques, secteur privé et autorités publiques ont affiché leur volonté d’investir dans des mécanismes innovants capables de concilier conservation des forêts et développement économique local.
Organisée le 22 mai 2026 dans un hôtel de la place sous l’impulsion du ministère de l’Environnement, du Développement Durable et du Bassin du Congo (MEDDBC), la rencontre a mobilisé 43 participants autour du projet pilote territorial développé dans le paysage ETIC, au nord de la République du Congo, l’une des zones écologiques les plus stratégiques du Bassin du Congo.
Au cœur des discussions : la recherche de financements durables pour soutenir la préservation de la biodiversité dans le massif forestier de Messok-Dja, espace intégré au complexe transfrontalier TRIDOM, reconnu pour sa richesse écologique exceptionnelle.
Le projet pilote « Baï Watch Messok-Dja », porté par le WWF Congo, repose sur un modèle de conservation communautaire associant populations locales et autochtones au suivi écologique de la faune sauvage, notamment des éléphants de forêt menacés par le braconnage et la dégradation des habitats naturels.
L’objectif est clair : créer des incitations économiques directes en faveur de la protection des écosystèmes grâce aux paiements pour services environnementaux, aux crédits biodiversité et à d’autres mécanismes de finance verte.
Mme Zélo Karine ABIBI assise à droite…
Prenant la parole à l’ouverture des travaux, Zélo Karine Abibi, Directrice pays WWF, a insisté sur l’urgence d’agir : « Notre mission est claire : passer de la réflexion à l’action, mettre en œuvre des solutions concrètes, territoriales et mesurables. »
Elle a également plaidé pour l’accélération des solutions financières innovantes autour des marchés carbone, des certificats biodiversité et des partenariats public-privé.
Plus de 500 millions FCFA mobilisés par l’AFD
Principal partenaire du programme, l’Agence Française de Développement accompagne BIODEV2030 au Congo avec un financement de plus de 500 millions de francs CFA, sur une enveloppe régionale globale estimée à près de 13 milliards FCFA.
Pour Andrey MARTINENQ, Directrice Adjointe de l’AFD au Congo, les mécanismes innovants doivent rester simples et pragmatiques : « Les paiements pour services environnementaux ne sont pas un projet classique. Mais innovation ne veut pas dire complication. »
Selon l’AFD, la réussite du projet dépendra surtout de sa capacité à produire des résultats mesurables tout en intégrant les réalités des communautés locales.
Les travaux ont également permis d’aborder plusieurs enjeux sensibles : lutte contre le braconnage, gouvernance des mécanismes financiers, indemnisation des populations affectées par les conflits homme-faune et implication des communautés dans la gestion des ressources naturelles.
Les participants ont notamment évoqué la nécessité de renforcer les dispositifs de surveillance autour du Parc national de Ntokou-Pikounda et du paysage ETIC, tout en développant des alternatives économiques durables pour les villages riverains.
À travers cette phase II, BIODEV2030 ambitionne désormais de transformer les initiatives pilotes en véritables outils de financement durable de la biodiversité dans le bassin du Congo, avec l’appui des bailleurs internationaux et des acteurs publics congolais.