CONGO : OÙ SONT LES 561 PERSONNES QUE L’OCDH DIT AVOIR RECENSÉES DANS L’OPÉRATION « ZÉRO KULUNA » ?
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- 22 septembre 2026
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« DGSP, où sont détenues les centaines de personnes arrêtées depuis plusieurs mois en dehors du cadre judiciaire ? » C’est la question qui donne son titre au rapport thématique de 187 pages présenté, ce 22 septembre 2026 à Brazzaville par l’Observatoire Congolais des Droits de l’Homme (OCDH). Après un an de documentation sur l’opération « Zéro Kuluna », l’organisation dit avoir recensé 561 personnes portées disparues et formule plusieurs recommandations, notamment la clarification du sort des personnes recherchées, l’ouverture d’enquêtes indépendantes et impartiales, la protection des mineurs, la publication officielle de la liste des personnes arrêtées et un meilleur encadrement judiciaire de l’opération.
Le rapport couvre la période de septembre 2025 à septembre 2026 et porte sur plusieurs zones, notamment Brazzaville et sa périphérie, Pointe-Noire, Dolisie et Nkayi.
Selon l’OCDH, les personnes concernées sont majoritairement de jeunes hommes âgés de 20 à 29 ans. Plusieurs mineurs, âgés de 15 à 17 ans, figureraient également parmi les cas documentés.
« Nous avons documenté 561 personnes qui ont été arrêtées et prises par la DGSP, et dont les familles sont aujourd’hui sans nouvelles », affirme Parfait Moukoko, président du conseil d’administration de l’OCDH.
Il précise que « 561 est un minimum », le nombre pouvant évoluer avec la poursuite du travail de documentation.
L’organisation affirme avoir recueilli des témoignages auprès de familles, de proches et de personnes ayant assisté à certaines arrestations. Des fiches d’identification auraient été établies pour les différents cas documentés.
LA DGSP SOLLICITÉE POUR DES ÉCLAIRCISSEMENTS, RESTÉE SANS RÉPONSE
Au cours de la présentation du rapport, l’OCDH affirme avoir cherché à obtenir des explications auprès de la Direction générale de la sécurité présidentielle (DGSP).
« Nous avons demandé une rencontre avec la DGSP et nous avons reçu un refus catégorique de communication », rapporte Parfait Moukoko.
Selon l’OCDH, des familles auraient également entrepris des démarches auprès des services de sécurité, des commissariats, des établissements pénitentiaires et des autorités judiciaires pour retrouver leurs proches.
Parfait Moukoko rapporte notamment qu’à certains parents aurait été opposée cette réponse : « Les affaires de la DGSP se règlent à la DGSP, pas à la justice. »
Cette formulation est rapportée par le responsable de l’OCDH comme un témoignage recueilli auprès de familles.
UNE LUTTE CONTRE LE BANDITISME QUI DOIT RESTER DANS LE CADRE DE LA LOI
L’OCDH précise que son rapport ne remet pas en cause le principe de la lutte contre le banditisme urbain. L’organisation estime toutefois que les opérations de sécurité doivent respecter les droits fondamentaux, les garanties judiciaires et le droit des familles à obtenir des informations sur leurs proches.
C’est dans ce contexte qu’elle évoque la notion de disparition forcée, définie comme une privation de liberté suivie du refus de reconnaître cette détention ou de révéler le sort ou le lieu où se trouve la personne concernée.
LE TÉMOIGNAGE DES PARENTS
Lors de la conférence de presse, un père et une mère ont témoigné sur la disparition de leurs enfants et les démarches entreprises depuis pour tenter de les retrouver, sans obtenir, selon eux, de réponse.
Le père raconte que, dans la nuit du 22 avril 2026, vers 2 heures, des agents qu’il identifie comme appartenant à la DGSP seraient arrivés à son domicile, à Mfilou. Selon son récit, ils auraient escaladé le mur, forcé la porte et emmené son fils en répétant : « Tatouage, tatouage ».
Le lendemain, il affirme s’être rendu à la DGSP pour obtenir des nouvelles. Il dit avoir ensuite été orienté vers la police, puis vers la justice, sans parvenir à retrouver la trace de son fils. Ce dernier, précise-t-il, préparait le baccalauréat.
« Depuis huit mois, je ne sais pas où est mon fils », témoigne le tuteur.
La mère a, de son côté, livré son propre témoignage sur la disparition de son enfant et les démarches qu’elle dit avoir entreprises depuis.
Ces deux récits ont été recueillis lors de la présentation du rapport de l’OCDH. Ils reflètent la parole des familles et ne constituent pas, à eux seuls, une vérification indépendante des faits rapportés.
AUBEVILLE : L’OCDH DISTINGUE LES DEUX SITUATIONS
Parfait Moukoko a également apporté une précision concernant les jeunes actuellement présents à Aubeville dans le cadre d’un processus de réinsertion.
Selon les investigations de l’OCDH, ces jeunes ne figurent pas parmi les 561 cas recensés dans le rapport consacré à « Zéro Kuluna ».
L’organisation affirme qu’ils auraient été arrêtés lors d’une autre opération menée en mai ou juin 2024, impliquant des éléments de la police et de la gendarmerie.
LES RECOMMANDATIONS DE L’OCDH
Dans son rapport, l’organisation demande notamment aux autorités de :
- publier la liste des personnes arrêtées dans le cadre de « Zéro Kuluna » ;
- clarifier le sort et le lieu où se trouvent les personnes recherchées par leurs familles ;
- ouvrir des enquêtes indépendantes et impartiales sur les cas signalés ;
- permettre l’accès aux lieux de détention aux mécanismes habilités ;
- prévenir les actes de torture et les détentions arbitraires ;
- accorder une attention particulière aux mineurs ;
- engager, lorsque les faits sont établis, les poursuites nécessaires ;
- renforcer l’encadrement judiciaire de l’opération ;
- mettre en place des mécanismes de reddition volontaire et de réinsertion pour les jeunes concernés par le phénomène du banditisme urbain.
L’OCDH recommande également l’implication des mécanismes internationaux compétents, notamment du Groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées ou involontaires.
VERS DES MÉCANISMES INTERNATIONAUX ?
Parfait Moukoko indique que l’OCDH pourrait, si la situation se poursuit, activer des mécanismes internationaux de protection des droits humains.
L’organisation rappelle son appartenance à la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et à l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT).
Elle évoque également le Statut de Rome et la qualification de crime contre l’humanité que peuvent, dans certaines circonstances prévues par le droit international, revêtir les disparitions forcées.
LA QUESTION DU SORT DES PERSONNES ARRÊTÉES
Au terme de sa présentation, le rapport de l’OCDH place donc au centre du débat le sort des personnes arrêtées dans le cadre de l’opération « Zéro Kuluna ».
L’OCDH affirme avoir documenté 561 cas, un chiffre qu’il présente comme évolutif. Son rapport demande désormais des réponses sur le sort de ces personnes, l’information des familles et un meilleur encadrement judiciaire de l’opération « Zéro Kuluna ».