Congo : 4.182 violations des droits humains en 2025, une explosion de 131%
- Société
- 11 décembre 2025
- Aucun commentaire
- 250
« Quand le déni des droits humains est au pouvoir », le nouveau rapport annuel du Centre d’Actions pour le Développement (C.A.D) dévoilé, mardi 9 décembre 2025, à Brazzaville, sur la situation des droits humains au Congo. Ce document de près de 200 pages dresse un bilan alarmant : 4.182 violations des droits civils et politiques ont été documentées cette année, soit plus du double des 1.814 cas recensés en 2024. Une progression brutale de 131%.
Ce rapport, abondamment illustré de photographies de victimes de torture, d’exécutions arbitraires, de tableaux statistiques et d’encadrés d’analyse, offre un panorama glaçant de la réalité vécue par des milliers de Congolais.
Selon le C.A.D, le rapport annuel vise à informer, alerter et sensibiliser les populations, les institutions publiques et la communauté internationale. Pour 2025, les équipes du Centre ont enquêté dans 7 des 15 départements du pays, documentant chaque cas avec un niveau de détail rare : noms des victimes, circonstances, lieux, témoignages, mais aussi identification des présumés auteurs.
Pour Trésor NZILA KENDET, Directeur exécutif du C.A.D, « Nos conclusions reposent sur des enquêtes de terrain, des entretiens directs avec les victimes, les familles et les témoins, ainsi que sur une vérification factuelle minutieuse. Toutes les allégations ne sont pas systématiquement retenues : seules celles établies avec certitude sont intégrées ».
Pour lui, ce rapport constitue à la fois un outil de mémoire et un instrument de plaidoyer destiné à interpeller les pouvoirs publics sur l’urgence de protéger les droits fondamentaux. Il souligne que le Congo reste soumis à un régime autoritaire, où la répression et l’impunité prennent une ampleur préoccupante.
« Au-delà des chiffres, c’est la répétition et la gravité des violations, combinées à l’impunité, qui installent un climat de peur et d’injustice dans la population », déplore-t-il.
Une montée fulgurante de la violence institutionnelle
Pour l’organisation, l’explosion des violations observées en 2025 est largement liée à l’opération de lutte contre le banditisme armé menée par la Direction Générale de la Sécurité Présidentielle (DGSP), ciblant notamment les groupes de délinquants appelés bébés noirs ou kulunas.
Le rapport dénonce notamment : des destructions arbitraires d’habitations, plongeant des familles entières dans le dénuement total ; l’absence de réaction des institutions nationales.
« Ni le Parlement, ni la justice, ni même la Commission nationale des droits de l’homme n’ont dénoncé ces abus », souligne-t-il.
Les violations enregistrées connaissent des progressions vertigineuses :
- atteintes au droit à la vie : +25%
- disparitions forcées : +167%
- torture et mauvais traitements : +205%
- détentions arbitraires : +266%.
Seule diminution : les atteintes à l’espace civique, en baisse de 48,3%, même si la liberté de la presse demeure jugée « extrêmement préoccupante ».
Le C.A.D révèle par ailleurs un cas inédit de déportation et d’exploitation forcée d’une cinquantaine de personnes autochtones du district d’Enyellé, transférées vers la localité d’Imese en République démocratique du Congo, sans réaction des autorités locales.
Des recommandations pour restaurer l’État de droit
Au-delà des dénonciations, le rapport émet plusieurs recommandations pour renforcer la démocratie, protéger les citoyens et rétablir la confiance entre la population et les institutions. Parmi elles :
- la création d’une commission d’enquête indépendante,
- l’indemnisation des familles dont les maisons ont été détruites,
- le renforcement des garanties judiciaires,
- et la lutte contre l’impunité des auteurs de violations.
Le C.A.D appelle les autorités à prendre la mesure de la situation, estimant que la dérive actuelle met en péril la stabilité sociale et l’avenir du pays.
Pour Trésor NZILA KENDET, Directeur exécutif du C.A.D, « Nos conclusions reposent sur des enquêtes de terrain, des entretiens directs avec les victimes, les familles et les témoins, ainsi que sur une vérification factuelle minutieuse. Toutes les allégations ne sont pas systématiquement retenues : seules celles établies avec certitude sont intégrées ».