CORRUPTION AU CONGO : STÉPHANIE GIBAUD PLAIDE POUR FAIRE DE L’ÉTHIQUE « UNE CAUSE NATIONALE »
- GouvernanceInternationalSociété
- 9 août 2026
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La lutte contre la corruption ne se gagnera pas uniquement à coups de sanctions. Elle se joue aussi dans les consciences, les comportements et la capacité des citoyens à signaler les pratiques contraires à l’intérêt général. C’est le message porté ce vendredi 7 août au palais du Parlement à Brazzaville par Stéphanie GIBAUD, conférencière, auteure et lanceuse d’alerte française, à l’occasion d’une conférence de sensibilisation des parlementaires organisée à l’invitation de la Haute Autorité de Lutte contre la Corruption (HALC).
Devant une soixantaine de députés et sénateurs réunis pour cette rencontre, Stéphanie GIBAUD a placé la protection des lanceurs d’alerte au cœur des échanges, tout en élargissant la réflexion à une question qu’elle considère comme fondamentale : l’éthique.
Du lanceur d’alerte à la construction d’un dispositif anticorruption
Première lanceuse d’alerte française reconnue par le Défenseur des droits dans le cadre des lois Sapin II et Waserman, Stéphanie GIBAUD dispose d’une expérience directement liée aux mécanismes de signalement de faits susceptibles de porter atteinte à l’intérêt général.
Sa venue à Brazzaville s’inscrit dans un programme plus large. Elle a animé durant quatre jours une formation au profit des cadres de la HALC, avant de partager son expertise avec les représentants des deux chambres du Parlement congolais.
« Une loi de protection des lanceurs d’alerte est bien évidemment primordiale », a-t-elle déclaré, tout en soulignant que cette protection ne peut être dissociée de la réponse judiciaire.
Pour elle, la mise en place d’un cadre protecteur doit aller de pair avec des sanctions contre les auteurs des faits de corruption.
« Mais à mes yeux, elle ne peut se faire que s’il y a en même temps des délits pénaux et des peines pénales contre ceux qui sont corrompus. »
Une approche qui pose une équation centrale : comment protéger efficacement celui qui dénonce sans fragiliser l’activité économique ni permettre que les mécanismes de protection soient détournés de leur finalité ?
Protéger les lanceurs d’alerte sans fragiliser les entreprises
Pour la conférencière, la question dépasse le seul rapport entre dénonciateur et personne mise en cause. Elle touche également les salariés, les fonctionnaires, les entreprises et l’administration.
« Comment est-ce qu’on concilie l’exigence de protection des salariés, des collaborateurs, des fonctionnaires et la préservation de l’activité économique ? Parce que l’un ne va pas sans l’autre. »
C’est précisément cette recherche d’équilibre qui a constitué l’un des axes des quatre journées de travaux conduites auprès de la HALC.
Stéphanie GIBAUD estime également nécessaire de prévenir les dérives qui pourraient consister à utiliser les dispositifs de protection à des fins étrangères à la lutte contre la corruption.
« Donc c’est pour ça que c’est un sujet qui est très complexe, qui est très compliqué et qui a mérité, justement, les quatre premières journées de travaux qu’on a eus ici à La HALC cette semaine, parce que rien n’est simple. »
« Le plus important, c’est l’éthique »
Mais au-delà des mécanismes juridiques, la lanceuse d’alerte veut déplacer le débat sur un terrain plus profond : celui des valeurs.
Interrogée sur les principes devant être placés au premier plan dans la lutte contre la corruption, elle répond sans détour :
« Pour moi, peut-être parce que je suis une femme et peut-être parce que je suis une maman et peut-être parce que j’ai travaillé sur ces sujets depuis 20 ans, je trouve que ce qui est le plus important, c’est l’éthique. »
Elle va plus loin et formule une ambition qui dépasse les frontières françaises ou congolaises : « Mon objectif de toutes les années qui me restent à vivre, ce serait faire de l’éthique une cause nationale et une cause internationale, parce qu’en parlant d’éthique, chacun se sent concerné. »
Une conception qui, selon elle, permettrait de toucher beaucoup plus largement la société. La corruption peut apparaître comme un phénomène qui concerne « les autres », alors que l’éthique renvoie chacun à ses propres choix, dans sa famille, son entreprise, son administration ou sa communauté.
Faire sortir la corruption de « l’invisible »
Pour Stéphanie GIBAUD, l’un des obstacles majeurs demeure le silence.
« C’est qu’on ne sait pas parce que les gens ne parlent pas. Et quand il y a un mutisme, bien évidemment, l’opacité empêche de savoir. »
Cette difficulté donne toute son importance au rôle des lanceurs d’alerte. En révélant des informations auxquelles les autorités ou les enquêteurs n’auraient pas nécessairement accès, ils peuvent contribuer à rendre visibles des pratiques qui demeurent cachées.
La conférencière résume cette réalité par une formule particulièrement forte :
« Quand on parle de corruption, on parle du monde invisible. »
D’où la nécessité, selon elle, de créer des conditions permettant aux personnes disposant d’informations utiles de parler, tout en garantissant leur protection et en assurant une réponse judiciaire appropriée.
Le Parlement congolais face à un enjeu législatif majeur
Cette réflexion revêt une importance particulière au Congo, où la loi n°9-2022 du 11 mars 2022 portant prévention et lutte contre la corruption et les infractions assimilées évoque la question de la protection des lanceurs d’alerte.
Le Secrétaire général de l’Assemblée nationale, dans son allocution, a rappelé que les parlementaires occupent une place centrale dans l’élaboration des textes destinés à rendre effective cette protection.
La rencontre organisée au Palais du Parlement apparaît ainsi comme un espace de dialogue entre expertise internationale et réflexion législative nationale.
La HALC, dirigée par son président Emmanuel OLLITA ONDONGO, entend pour sa part renforcer les capacités de ses cadres et sensibiliser davantage les acteurs institutionnels à la prévention de la corruption.
Un combat qui concerne aussi les médias et les générations futures
Stéphanie GIBAUD n’a pas oublié le rôle des médias dans cette bataille. Pour elle, les journalistes constituent un relais essentiel auprès de la société civile.
« Vous êtes une parole qui est importante au cœur de la société civile, bien évidemment, et de travailler aussi de manière à réfléchir aux valeurs qu’on donne aux générations futures. »
L’enjeu dépasse donc la seule adoption de textes. Il s’agit de construire progressivement une culture de responsabilité et d’exemplarité.
« Ceux qui naissent aujourd’hui, quels espoirs ils peuvent avoir pendant 20 ans, quand ils seront la société adulte que nous leur offrons aujourd’hui, quand ils seront à notre place, leur tracer un chemin pour qu’ils puissent, eux, bâtir avec ces valeurs d’exemplarité et d’éthique. »
À Brazzaville, le message de Stéphanie GIBAUD aura ainsi déplacé le curseur : combattre la corruption, ce n’est pas seulement traquer les actes répréhensibles ; c’est aussi créer les conditions pour que la parole puisse émerger, protéger ceux qui osent parler et, surtout, installer l’éthique au cœur des décisions.
Une bataille de longue haleine, où la transparence, la justice, la responsabilité institutionnelle et la vigilance citoyenne doivent avancer ensemble.
« Mais à mes yeux, elle ne peut se faire que s’il y a en même temps des délits pénaux et des peines pénales contre ceux qui sont corrompus. »