Congo : « Nos réalités ne sont pas occidentales ». Cœur Arc-en-ciel échange avec les journalistes et alerte sur les défis du projet HOPE
- Société
- 28 novembre 2025
- Aucun commentaire
- 271
Face à la montée des violences visant les minorités sexuelles et de genre (MSG), l’association Cœur Arc-en-ciel a réuni, ce jeudi 27 à Brazzaville, des journalistes congolais pour une session de sensibilisation dans le cadre du projet régional HOPE, à travers quelques grands axes parmi lesquels “Encourager les dynamiques d’inclusion sociale et de genre”. Objectif : doter les journalistes d’outils fiables pour traiter ces sujets sensibles sans reproduire préjugés ou concepts importés.
Revenant sur les débuts du mouvement, le Directeur Exécutif de l’association Cœur Arc-en-Ciel Jean-Claude ELONGO PONGAULT a rappelé que jusqu’en 2016, les violences basées sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre étaient quasi invisibles dans l’espace public congolais. Une enquête nationale menée un an plus tard révèle un point majeur : les catégories occidentales ne correspondent pas aux façons locales de s’identifier. C’est ainsi qu’en 2019, les organisations congolaises décident d’abandonner le sigle LGBT pour adopter le terme MSG, plus en phase avec la culture et les réalités sociales du pays.
« Parler de MSG laisse aux gens la liberté de s’affirmer sans leur imposer des catégories importées. » a déclaré JC.
Contrairement à certains agendas internationaux centrés sur des revendications individuelles, le mouvement congolais insiste sur les priorités locales : sécurité et protection des personnes, accès aux soins et aux traitements, éducation et information, lutte contre les violences et discriminations.
« Nous sommes dans une société où la communauté prime sur l’individu. Le mariage n’est pas notre priorité. » a-t-il dit.
Projet HOPE : former, comprendre, protéger
Pour Gloire NDOULOU, coordinatrice du projet HOPE, les retards observés dans la mise en œuvre ne sont pas le signe d’un dysfonctionnement, mais d’un travail méthodique et contextualisé.
« Nous devons construire des outils sérieux, adaptés, et identifier correctement les bénéficiaires. Beaucoup de jeunes hésitent, sont mal informés ou influencés par leur entourage. » estime-t-elle.
Le programme propose une approche holistique fondée sur l’éducation sociale, la dignité, la sécurité et l’inclusion.
Jean-Claude ELONGO PONGAULT a pointé aussi les lourdeurs administratives imposées par les partenaires financiers : « Chaque document doit être scanné, contrôlé, justifié. Les bailleurs veulent une transparence totale, et cela ralentit les actions. » Il a déploré par ailleurs le départ de nombreux jeunes formés qui quittent le programme pour des emplois précaires mais immédiats.
Sur le VIH, le constat est alarmant. Les objectifs internationaux restent hors d’atteinte. « Sans traitement, il y a plus de contamination, plus de décès, plus de transmissions mère-enfant. La santé doit être soutenue par l’État. » a-t-il souligné.
Les ruptures répétées d’antirétroviraux compromettent les avancées réalisées. L’échange avec des journalistes vise à briser les peurs, déjouer les raccourcis et favoriser une information responsable.
« Notre existence est politique parce que nous combattons une injustice. Les journalistes jouent un rôle crucial pour informer, apaiser et contextualiser. » a précisé le Directeur Exécutif de l’association Cœur Arc-en-Ciel.
En défendant une “désoccidentalisation” de la lutte pour les droits des MSG, Cœur Arc-en-ciel affirme la nécessité de construire une approche africaine, culturelle et sécurisée, loin des caricatures et des agendas imposés.
« Nos réalités ne sont pas occidentales. Nous devons repenser nos mots et nos approches pour éviter les violences et les criminalisations inutiles. » a indiqué Jean Claude.
Avec HOPE, l’association poursuit un objectif clair : protéger sans stigmatiser, comprendre avant d’agir, construire des réponses enracinées dans la réalité congolaise.