CONGO/GOUVERNANCE FORESTIÈRE : LES GRUMES CONTINUENT DE SORTIR, QUI EN PROFITE ?
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- 26 octobre 2026
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Les grumes congolaises continuent de prendre la route de l’étranger. Pourtant, leur exportation est soumise à de strictes restrictions. Au cœur de cette contradiction : des autorisations spéciales, des mécanismes de contrôle contestés et une question cruciale pour l’économie nationale : qui profite réellement des richesses forestières du Congo ? Le 23 octobre 2026, à Brazzaville, Avenir Nepad a mis ces enjeux en débat lors de son Café citoyen, autour de « Jusqu’à la dernière grume », une enquête de TV5MONDE consacrée aux exportations de bois et aux activités de la Société d’Exploitation Forestière Yuan Dong (SEFYD).
Une enquête d’un an sur la SEFYD
Réalisée par les journalistes Berdy Pambou et Laure de Matos, avec le soutien du Pulitzer Center et de son Rainforest Investigations Network, cette investigation d’un an s’intéresse aux mécanismes présumés d’exportation illégale de grumes en République du Congo.
La forêt couvre près de 70 % du territoire congolais. Après le pétrole, le bois constitue une ressource économique majeure. Pourtant, selon l’enquête, des troncs continuent de quitter le pays, notamment à destination de la Chine, alors que les autorités ont annoncé des restrictions drastiques.
Dans le département de la Sangha, à Cabosse, la SEFYD, société congolaise à capitaux chinois, exploiterait un peu plus d’un million d’hectares de forêt. Au début de 2026, lors du tournage, son activité était ralentie. Selon plusieurs sources citées par les journalistes, l’entreprise attendait de nouveaux quotas de coupe et le feu vert des autorités de Brazzaville. Les exportations n’auraient toutefois pas cessé, avec des possibilités d’acheminement par le Cameroun voisin.
D’après TV5MONDE, la société emploierait environ 400 Congolais. Mais les retombées économiques locales restent au cœur des interrogations, alors que les populations riveraines continuent de faire face à la pauvreté.
Des autorisations spéciales qui interrogent
Comment ces exportations peuvent-elles se poursuivre ? Dans le documentaire, la ministre de l’Économie Forestière, Rosalie Matondo, explique que des conventions signées en 2019 avec certaines sociétés ont donné lieu à des « autorisations spéciales d’exportation ».
Ce dispositif suscite des critiques sur sa transparence et sur l’application de la réglementation. Fin 2024, le porte-parole du gouvernement, Thierry Moungalla, avait indiqué que le volume global de grumes autorisé à l’exportation dépassait légèrement deux millions de mètres cubes, assurant que le processus était encadré par les services publics concernés.
Un lanceur d’alerte présenté dans l’enquête évoque, pour sa part, des « mafias organisées » et des sociétés qui travailleraient en connivence avec des autorités.
Autre point sensible : le port de Pointe-Noire, principale porte de sortie maritime du bois congolais. Selon l’enquête, des grumes continuaient d’être expédiées au début de 2026, principalement vers la Chine, malgré l’annonce d’une interdiction à compter du 1er janvier 2023.
« Toute cette richesse ne nous profite pas »
Au Café citoyen d’Avenir Nepad, le journaliste Berdy Pambou a pointé l’écart entre les textes et les réalités observées sur le terrain.
« L’État sait ce qu’il doit faire. Les sociétés aussi savent ce qu’elles doivent faire. Mais la réalité est autre. »
Pour lui, le problème concerne aussi la transformation locale du bois, un levier potentiel de création d’emplois et de valeur ajoutée au Congo.
« Toute cette richesse ne nous profite pas. Au Congo, on ne profite pas de ça. Parce qu’aujourd’hui, ces grumes sont coupées et emmenées ailleurs sans pouvoir être transformées sur place. »
À l’échelle régionale, les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) se sont engagés à mettre fin au commerce des grumes. L’échéance est désormais fixée au 1er janvier 2028, afin de permettre le développement des capacités de transformation dans les pays concernés.
Avenir Nepad plaide pour une gouvernance plus responsable

Pour Etanislas Ngodi, coordonnateur de l’association Avenir Nepad, le documentaire a permis d’interroger le respect des textes, les engagements sociaux des entreprises et les bénéfices réels pour les communautés riveraines.
« Il y a un besoin de respecter un peu nos textes, […] de transformer le bois sur place pour donner un peu plus d’emplois au Congo. »
Il insiste également sur le rôle de la société civile dans l’accompagnement des populations vivant dans les zones d’exploitation forestière.
Au-delà du contrôle des exportations, le défi est désormais de renforcer la transparence, d’appliquer effectivement les règles et de développer une véritable industrie locale du bois.
« Car la richesse des forêts congolaises ne devrait pas seulement se mesurer aux grumes qui quittent le pays, mais aussi aux emplois créés, aux communautés qui en bénéficient et à la valeur conservée dans l’économie nationale. », selon l’enquête de TV5MONDE.
« L’État sait ce qu’il doit faire. Les sociétés aussi savent ce qu’elles doivent faire. Mais la réalité est autre. »
« Il y a un besoin de respecter un peu nos textes, […] de transformer le bois sur place pour donner un peu plus d’emplois au Congo. »