CONGO–ONU : LE PAYS PRÉPARE CINQ ANNÉES DE COOPÉRATION POUR LE DÉVELOPPEMENT, 147 MILLIONS DE DOLLARS RESTENT À MOBILISER
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- 2 novembre 2026
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147,1 millions de dollars restent à mobiliser sur un budget prévisionnel de 259,8 millions. Réunis les 28 et 29 octobre 2026 à Brazzaville, le gouvernement congolais et les agences des Nations Unies ont examiné leur nouveau cadre de coopération pour 2027-2031. Au-delà des engagements, les discussions ont révélé trois défis majeurs : trouver les financements, éviter les interventions redondantes et renforcer le pilotage national.
Le nouveau partenariat entre le Congo et les Nations Unies se prépare avec une équation financière difficile. Sur les 259,8 millions de dollars prévus pour le Cadre de coopération des Nations unies pour le développement durable (UNSDCF) 2027-2031, seuls 112,8 millions sont disponibles. Le déficit atteint ainsi 147,1 millions de dollars, soit près de 57 % des besoins.
Présentant ces chiffres à l’ouverture de l’atelier organisé, le Coordonnateur résident des Nations unies au Congo, Abdourahamane Diallo, a rappelé que « l’ambition de notre partenariat doit s’accompagner de moyens à la hauteur des résultats recherchés ».
La mobilisation des ressources s’annonce d’autant plus complexe que le statut du Congo comme pays à revenu intermédiaire limite son accès à certains mécanismes internationaux de financement. Un consultant international a reconnu que cette situation réduit les possibilités d’élargir les financements. Le secteur privé, les institutions financières et la coopération décentralisée figurent donc parmi les pistes à explorer.
DES PRIORITÉS ALIGNÉES SUR LA STRATÉGIE NATIONALE
Le cadre repose sur trois priorités : la transformation économique durable et la valorisation du capital naturel ; le développement du capital humain et l’inclusion sociale ; la gouvernance inclusive et l’efficacité de l’action publique.
Le dispositif comprend quatre résultats collectifs, 19 produits et 83 indicateurs destinés à suivre les progrès jusqu’en 2031. Pour Abdourahamane Diallo, ces outils doivent permettre de mesurer les avancées, de corriger les retards et de rendre compte des résultats.
Le ministre de l’Économie, du Plan, de la Statistique et de la Prospective, Ludovic Ngatsé, a insisté sur la cohérence avec les orientations nationales, notamment la Vision Congo 2063 et le Plan national de développement (PND) 2027-2031.
Mais l’alignement stratégique ne suffit pas. Les échanges ont aussi fait ressortir la difficulté d’attribuer certains résultats à la seule action des Nations Unies, alors que leur réalisation dépend de plusieurs acteurs, au premier rang desquels l’État.
LES AGENCES APPELÉES À ÉVITER LES DOUBLONS
La complémentarité entre les agences a constitué l’un des points sensibles de l’atelier. Dans le domaine du capital humain, une participante a mis en garde contre le risque de duplication des interventions de l’UNICEF et de l’UNFPA.
Le Coordonnateur résident a rappelé que les programmes pays des différentes agences sont rattachés à la même matrice de résultats et doivent fonctionner de manière concertée, notamment à travers des plans de travail conjoints.
La question dépasse toutefois la coordination entre partenaires. À la clôture, le directeur général au Partenariat au développement a reconnu que les groupes de résultats, chargés du suivi des engagements, avaient perdu de leur efficacité. Il a appelé à rétablir le leadership des institutions nationales dans ces mécanismes.

« Nos amis, nos partenaires, ne doivent pas nous remplacer », a-t-il averti, rappelant que le gouvernement doit conduire la définition des priorités et le suivi des actions, avec l’appui technique des agences.
Cette exigence prend une dimension particulière dans un contexte où l’État est lui-même à la recherche de ressources. Les intervenants ont ainsi plaidé pour une mobilisation plus large du secteur privé, alors que le PND 2027-2031 devrait être financé aux deux tiers par celui-ci. Les collectivités locales pourraient également tirer davantage parti des jumelages et de la coopération décentralisée.
ALIMENTATION, ENFANCE ET SANTÉ : LES URGENCES DEMEURENT
Les données présentées par les agences illustrent les besoins auxquels le nouveau cadre devra répondre.
Le Programme Alimentaire Mondial (PAM) a fait état d’une hausse de l’insécurité alimentaire : 38,3 % de la population serait concernée, contre environ 32 % en 2023, selon une enquête menée avec l’Institut national de la statistique. Pour 2027-2031, le PAM prévoit un programme de 174,5 millions de dollars. Il entend notamment soutenir 600 écoles à travers des cantines scolaires privilégiant les produits locaux et renforcer ses interventions auprès des populations vulnérables.
L’UNICEF a rappelé que les moins de 18 ans représentent 47 % de la population congolaise. L’accès à l’éducation des enfants autochtones et de ceux vivant avec un handicap, la vaccination, la protection contre les violences et l’éducation numérique figurent parmi ses priorités.
La santé maternelle a également été au centre des préoccupations. La ministre des Petites et Moyennes Entreprises et de l’Artisanat, Cécile Kiboukou Kimbantsa, a défendu l’objectif de « zéro décès pour une femme qui donne la vie », en appelant à renforcer la sensibilisation au suivi prénatal.
L’UNFPA entend, pour sa part, poursuivre ses actions en matière de santé reproductive, de planification familiale et de lutte contre les violences basées sur le genre.
LA FAO STRUCTURE SON PROGRAMME AUTOUR DE QUATRE AXES
Pour la période 2027-2031, la FAO retient quatre priorités : la gouvernance, les données et les investissements ; la productivité durable et les chaînes de valeur ; les forêts, le climat et la résilience ; enfin, la sécurité alimentaire, la nutrition et la protection sociale.
Ces axes couvrent notamment les productions végétales et animales, le manioc, les céréales, le maraîchage, l’élevage, la pêche, la gestion des ressources forestières et la restauration des écosystèmes.
La formulation du programme pays repose sur des consultations avec les institutions nationales, les ministères, la société civile et les partenaires. Sa validation institutionnelle est prévue en novembre 2026. Le genre, la jeunesse, l’innovation et la durabilité environnementale sont intégrés de manière transversale.
Le PNUD mise également sur le développement communautaire, l’électrification rurale et l’entrepreneuriat. Son initiative « Un jeune, une entreprise » vise 50 000 créations d’entreprises d’ici 2030. Les programmes Congo Créatif et de croissance verte résiliente ont aussi été présentés.
UNE VALIDATION TECHNIQUE AVANT LES DERNIERS ARBITRAGES
À l’issue des deux journées, le cadre de coopération a été validé au niveau technique. Une dernière période d’observations doit permettre aux ministères concernés de formuler leurs remarques. Celles-ci seront consolidées par le Bureau du Coordonnateur résident et le ministère chargé du Plan.
« La validation que nous recherchons doit être plus qu’un consensus sur un document : elle doit traduire une volonté commune d’agir et un engagement à rendre compte des résultats obtenus », a rappelé Abdourahamane Diallo.
Le défi est désormais de transformer les engagements en actions mesurables : mobiliser les 147,1 millions de dollars manquants, améliorer la coordination des agences et replacer les institutions nationales au cœur du pilotage. C’est à ces résultats, et non au seul contenu du document, que sera jugée la coopération Congo–ONU à l’horizon 2031.